Le Nimcha du Maghreb

Présentation du Nimcha par Jean-François Teulière

Le sabre des cavaliers du monde Arabe

Le nimcha est appelé « Saïf »dans le monde arabe. C’est un terme commun aux langues sémitiques (araméen) et à l’arabe.

En arabe il désigne une lame courbe et en hébreu une lame droite. C’est le sabre des cavaliers du monde Arabe, dont la diffusion fut assurée par les conquêtes ainsi que par les relations commerciales entre les pays sous l’influence ou la domination orientale: Arabie, Yémen, Oman et sa dépendance Zanzibar, Maghreb et Espagne Maure.
Pour certains, la poignée à quillons et garde de main serait d’origine italienne ou plus précisément aurait été connue des Arabes vers les 15 ème – 16 ème siècles via le commerce Gênois. Cf.: « Robert Elgood Arms – 1994 ».

Sabre « Kastane »

Le sabre Kastane est d’origine Cinghalaise. Une autre hypothèse possible quant à l’origine du nimcha serait que certaines de ses caractéristiques aient été transmises aux Arabes par les Cinghalais. Cela remonterait à une époque antérieure à la période islamique. Certains documents mentionnent les nombreux échanges commerciaux qui eurent lieu entre la péninsule Arabe et l’île de Ceylan.

En effet tous les éléments de la poignée de la kastane de Ceylan sont repris pour réaliser les gardes Arabe et Marocaine; Réf.: Charles Buttin. La kastane est composée de quatre quillons dont un est en garde de main (côté tranchant) et deux autres sont collés à la lame. Son écusson se termine par une pointe plaquée à la lame. Cette pointe, héritage probable des armes indiennes de type talwar se retrouve en dimension réduite sur les écussons des nimchas.

Protection

Dès l’origine, la garde offrait une protection efficace de la main contre les coups directs à la garde de main ou arc de jointure (côté tranchant). Par contre pour remédier aux coups glissants un type de défense est apparu sur le nimcha: les pitones (restées rares).

La poignée

Un seul bloc forme la fusée terminée par un pommeau en crosse touchant le quillon de garde. A l’intérieur se trouve un évidement caractéristique pour loger l’auriculaire. Côté lame, une virole soit d’argent ou d’acier enchâsse la base de la fusée. Il y a rarement, voire jamais, de décorations qui ornent la poignée. Par contre, très souvent, la garde en or ou en argent est décorée.

Les pitones

Copiées sur les gardes d’épées espagnoles de la fin du 15ème et du début du 16ème siècle, les pitones équipent les nimchas hispano-mauresques. Ce type de dispositif qui n’exista jamais qu’en Espagne, se trouve sur de très rares exemplaires anciens de nimchas marocains et jamais sur des saïfs Arabes. Réf.: musée Real Arméria de Madrid, musée de Batha à Fès et ouvrage de Charles Buttin.

La garde

Forgée ou fondue d’un seul bloc, elle se compose d’un écusson présentant une pointe vers la lame; elle est traversé par la soie et supporte quatre quillons terminé chacun par un bouton. Du côté du dos de la lame se trouvent deux quillons abaissés parallèlement à celle-ci. Du côté tranchant un quillon intérieur est abaissé parallèlement à la lame et un quillon extérieur, dénommé quillon de garde ou arc de jointure, remonte jusqu’au pommeau incliné.

nimcha-epee-italie-nimchaÉpée Italie vers 1530 (pièce de fouille) C’est une épée de transition avec une poignée courte à une main, garde de main, quillon et deux anneaux permettant le passage de l’index pour affermir le coup; sur le côté gauche de la garde on peut voir une pitone permettant de bloquer les coups glissés.

 

Les lames

Les lames sont le plus souvent importées d’Europe. En effet les armes les plus anciennes possèdent des lames forgées localement avec une très légère courbure et deux ou trois gouttières courant sur chaque face le long du dos. Ces lames plus lourdes que celles importées d’Europe n’avaient aucune souplesse. C’est pour toutes ces raisons et la pauvreté en gisement de fer de la Péninsule Arabique que les Arabes leur préfèrent les lames importées. Toutefois ils se réservent le montage, la décoration de la garde, de la poignée et du fourreau.

Lames européennes

Les lames européennes furent produites principalement en Angleterre, en Allemagne, en Espagne, en France et en Italie (Venise et Gênes); leur importation commença à partir du 15ème siècle en suivant les axes commerciaux de Venise et Gènes. Elles furent toutes très recherchées pour leurs qualités de légèreté et de souplesse. De plus elles étaient plus courbes que les lames locales. Sur certaines lames, des décorations locales viennent s’ajouter à celles d’origine sous forme de damasquinage à l’or ou à l’argent.

Différents marquages

Des marquages sont célèbres comme ceux figurant sur les lames du Maître Andréa Ferrara (1555-1593). Certaines lames espagnoles portent au talon la devise suivante: « Por my ley y por my Rey » (pour ma loi et pour mon Roi). D’autres lames de prises françaises à la Montmorency sont gravées d’un côté du talon de l’inscription: « Vive le Roi » et de l’autre côté des armes de la Royauté Française. Plus encore, des lames européennes sont gravées sur place d’invocations rehaussées d’or telles que: « C’est de Dieu que nous attendons l’aide et la victoire ».

Les fourreaux

Le fourreau du nimcha est fabriqué dans différents matériaux selon la richesse du propriétaire. Plus communément il est recouvert de cuir fauve avec une prise pour deux cordelières. Sur des modèles plus riches, il est en argent repoussé et gravé semblable aux Koumias et deux anneaux de bélière sont soudés de chaque côté pour la fixation d’une cordelière de soie formant baudrier.

Pour clore cet article le nimcha est une arme malheureusement mal connue et cependant d’une très grande qualité d’élaboration et d’une grande diversité. Sa collection réserve de très jolies surprises.

Jean-François TEULIÈRE
Expert agréé par la Compagnie d’expertise en Antiquités et en Objets d’Art
Galerie KATANA’YA